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Polynésie française

Pourquoi je me bats pour une vraie souveraineté numérique du Fenua

Hello, c'est Heya. Pour ce premier article, je voulais te partager pourquoi je me suis lancée dans la quête de la souveraineté numérique.

Tout a commencé par une rencontre presque par hasard. Une amie d'enfance, croisée après des années sans nouvelles, avec qui j'ai découvert qu'on avait suivi le même chemin sans le savoir : celui d'un réseau de développeurs formés dans le monde de la distribution en réseau. On y apprenait vite, on y bâtissait beaucoup, portés par une promesse d'indépendance et de collectif.

Puis les dirigeants sont partis. Avec la trésorerie.

Je ne vais pas m'attarder sur les détails, mais je peux te dire ce que ça fait : voir un collectif dans lequel on a mis du temps, de la confiance et du travail s'effondrer du jour au lendemain, parce que ceux qui étaient censés le porter ont choisi de partir avec ce qui appartenait à tous. C'est un trauma. Un vrai. Celui de découvrir qu'on peut construire quelque chose de solide en apparence, et le voir disparaître parce qu'on n'en détenait, en réalité, aucun contrôle.

Aujourd'hui, ce manque me fait revenir plus forte. Mais surtout plus résiliente. Et je ne veux plus jamais que ça arrive — ni à moi, ni à celles et ceux que j'accompagne.

C'est pour ça que l'article sur Te Mau Feti'a, ce groupement de huit entreprises polynésiennes qui vient de se former autour d'une vraie définition de la souveraineté numérique, m'a autant parlé. Je rejoins entièrement leur constat : héberger ses données en Polynésie ou en France ne veut rien dire si les outils qui pilotent ces données restent, eux, entre des mains qu'on ne contrôle pas. C'est une pseudo-souveraineté. Et le pire, c'est qu'elle nous rend encore plus dépendants qu'avant — parce qu'elle donne l'illusion d'être en sécurité, pendant qu'on continue de louer le sol sur lequel on construit.

Pour bien comprendre ce que ça implique, prends l'image du bailleur et du locataire.

Quand tu es locataire, tu peux investir, aménager, t'attacher à un lieu — mais tu ne le possèdes pas. Le bailleur peut augmenter le loyer, changer les règles, vendre le bien, ou simplement décider de ne pas renouveler ton bail. Tu n'as pas la maîtrise du temps.

C'est exactement ce qui se passe avec la majorité des outils numériques qu'utilisent nos entreprises et nos collectivités : un changement de tarif décidé ailleurs, une fonctionnalité retirée du jour au lendemain, un compte suspendu sans recours, une plateforme qui ferme. Le locataire numérique n'a aucun levier.

Et il y a une nuance essentielle à faire ici, entre le HLM et le logement privé. Un logement social (HLM) est encadré : il offre un vrai statut, des protections légales, une stabilité pensée pour celui qui l'occupe. Le logement privé classique, lui, n'a aucune de ces garanties — juste un faux confort, celui d'un chez-soi qu'on peut te reprendre à tout moment. La plupart des solutions numériques qu'on nous vend aujourd'hui ressemblent à ce faux confort : jolies, pratiques, rassurantes en apparence, mais sans aucune des protections qu'offrirait un outil réellement possédé, ou construit avec des standards ouverts et négociés collectivement — l'équivalent numérique d'un logement social plutôt que d'un bail précaire.

C'est cette conviction qui a guidé mon étude de terrain, menée directement auprès d'artisans et de producteurs locaux du Fenua. Le constat est clair et il revient presque à chaque échange : beaucoup possèdent un savoir-faire exceptionnel, mais aucune maîtrise réelle de leur présence numérique. Une page qu'on ne sait pas modifier soi-même. Un compte professionnel dépendant du bon vouloir d'une plateforme étrangère. Des ventes en ligne qui transitent par des outils sur lesquels ils n'ont ni les données clients, ni le contrôle des prix, ni la capacité de partir sans tout reperdre. Ils ont bâti une activité sur un sol loué, sans le savoir.

C'est tout le sens de ce que je construis aujourd'hui : donner aux artisans, aux producteurs et aux entreprises du Fenua les moyens de posséder leurs outils numériques plutôt que de les louer indéfiniment. Pas par idéologie, mais parce que je sais très concrètement ce qu'il en coûte de ne pas avoir cette maîtrise.

À demain, pour la suite.

En écho à : « Polynésie : Un Groupement d'intérêt économique pour promouvoir une souveraineté numérique "made in fenua" » — Outremers 360, 21/07/2026

D'autres articles arrivent bientôt — retrouve la veille tech du Fenua, de France et des US, publiée régulièrement.